29.05.2009
Confessions volume 2 ou la fascination du sorcier
TOUT CE QUE VOUS FAITES MAINTENANT
EST ACTE DE REVE, PENSEE DE REVE.
Que vos rêves soient toujours de plus en plus beaux !
Car tout deviendra réalité. Le rêve aussi est foi...
(Dialogues avec l'Ange)

le repos du guerrier n'existe que dans les livres
si tu savais à quoi on se livre pour essayer d'être un jour libre
je comprendrais que tu changes de cap, on pratique des génocides sur nous
un esprit libre est un miroir, on préfère le voir à genoux (500 ans)
*C'est à un nouveau voyage que nous convie rockin' Squat, un voyage géographique, musicologique et historique. Dix huit nouveaux titres, dont l'ensemble des textes et de la musique est nettement plus riche que celui du premier volume.
Chacun y trouvera son compte, les conspirationnistes de tout bord, les guerriers spirituels, les fans de hip hop de la première heure , les adeptes du rap game, les afficionados de textes plus intimistes et enfin et surtout les amoureux de musique tout court, tellement il semble que l'invité d'honneur de ce second opus soit l'harmonie et la musicalité qui transpirent des productions avant-gardistes de Niro, Duke, Terem ou Soper.
retrouve ton sourire sur les rimes qui flânent
enfant de l'Occident et son être cosmique
réceptif à la magie de la musique (près des notes)

*confessions c'est mon cœur, cet album c'est ma vie (too many years)
Ce volume 2 des confessions d'un enfant du siècle, dont on sait maintenant qu'il sera trine, est plus teinté de culture amérindienne et brésilienne, comme un hommage rendu au pays qui l'a accueilli ces dernières années.
Le cœur des confessions se devait symboliquement d'être en partie enregistré en Amérique du Sud, avec des artistes locaux (6 des 9 featurings), là où Squat a élu domicile ces dernières années.
Quand tu t'éloigne d'Amaru Ka, tu t'éloignes de l'Amour
Des racines, de l'histoire et tu te trompes pour toujours
...amaru Ka est pouvoir, connaissance, énergie
partage, savoir, vécu, harmonie
...la terre de la sagesse a toujours été Amaru ka
la terre de la connaissance est toujours Amaru Ka (Amaru Ka)
C'est bien connu, nul n'est prophète en son pays et Matthias Cassel semble avoir trouvé dans les favelas de Rio, une justification à son combat et sa lutte de toujours, depuis les débuts d'Assassin.
Lui qui a toujours cru en ses rêves s'est logiquement senti en osmose sur une terre décimée certes, mais revivifiée par la culture ancestrale demeurée présente ici ou là.
Flow d'Amazonie, croyance africaine, terre indienne...l'histoire du combat
brasil, une nouvelle partie du monde que j'aime (triste tropique)
Amerique c'est Amaru ka
la sagesse de la terre, un jour tu comprendras
en direct des favelas d'America latina
la révolution n'est pas qu'un peura qu'on kique pour soi negro ...(Démocratie fasciste art 4)
...faisons comme en Bolivie, virons les multinationales
...heureusement que l'Amérique latine n'a rien lâché...(la lutte du siècle)
*Le rêve du sorcier est magique (sans doute ce qui le différencie des autres, car nous sommes tous en train de rêver) et l'attraction vers ces 18 nouveaux sons, qui sonnent comme des classiques, est fatale pour quiconque possède une fibre musicale et des oreilles lumineuses.
Tout un symbole, le titre « A luta continua » a été choisi pour représenter l'ensemble du disque, avec un film et un clip dans la lignée de « libre » et qui a le mérite de replacer l'odyssée de Squat au sein et en dehors d'Assassin, dans un combat éternel des forces de l'esprit contre celles du profit, de l'amour contre la haine, de la sagesse contre l'ignorance et la cécité, de la liberté contre l'asservissement général.
leur plan global, la conspiration mondiale...
leur technique, instaurer la confusion,
centraliser le pouvoir, contrôler l'information (illuminazi 666)
depuis la révolution française, le but est d'établir
une dictature mondiale des banquiers sur l'avenir (le pouvoir secret)
Bien lui en a pris car la cuvée 2009 est de qualité optimale, accompagnée d'une tournée d'une quarantaine de dates en France, et qui se poursuivra jusqu'en 2010, dans toute l'Europe et l'Amérique
maintenant je retrouve le goût de vivre, le sourire
la légèreté d'être aimé sans la pression de mourir
j'ai passé trop de caps pour pouvoir perdre mon cœur
ma protection est le détachement
je n'aime que pour l'infini (too many years)
*Le volume 2 coïncidera donc également, pour l'histoire, avec la tournée internationale des enfants du siècle
Des concerts quasi complets, sans promotion de grande envergure ; un show bien rodé, alternant les nouvelles chansons et des classiques d'Assassin ; une formation qui s'étoffe avec synthé et percussions ; des classiques qui s'enchaînent sans temps mort, une carrière qui paie en terme de professionnalisme, un partage qui s'avère probant avec son public récent ou de la première heure
quand le monde m'observe c'est bien plus qu'un show
c'est l'écriture qui perdure, le passé dans le futur
les multiples structures de l'âge mûr pour l'art sûr
c'est l'assimilation des dialectes, des langues sanskrit ou grec
des cultures mayas, tolteque, Azteque (500 ans)
*La richesse et la variété des textes et productions de ce second opus, font de Rockin Squat un artiste complet, au-delà des étiquettes, et redonnant au terme hip hop sa dimension originelle.
...je suis le relais des musiques qu'on jouait dans les ghettos
je suis la lutte pour la beauté, le combat pour l'égalité
la voix pour la justice, en un mot un être humain (Monsieur cassel)
A l'heure où Kery James acquiert enfin une reconnaissance publique à coup de matraquage promotionnel mais met les voiles jusqu'en 2012 ; où les gentils disiz la peste et kamelancien, déçus de la tournure que prend le rap français sortent leur dernière cartouche avant de tirer leur révérence, à l'heure où les membres d'IAM se déchirent, NTM quitte le navire après avoir empoché le magot et où la porte est toute ouverte au grand n'importe quoi, Squat fait figure de résistant et, comme il l'a déclaré, voilà la bonne nouvelle et la vraie actualité du rap français.
J'ai des chances de tout péter car on veut la qualité
...donc on reprend les rênes en main d'un mouvement en perdition
qui a besoin d'artistes qui restent pour qu'il y aie des fondations (Monsieur Cassel)
bienvenue chez moi là où ne baisse pas les bras...
ça fait longtemps que l'on sait s'y prendre, que la musique accompagne notre lutte,
qu'on ne fait qu'apprendre et à chaque texte nos générations s'affutent.
et quand on parle de lutte, car on la vit tous les jours
c'est pour que la paix règne sur l'Humanité et que cette dernière protège l'Amour...(A luta continua)

y'a pas 36 000 écoles qui méritent d'être blindées
donc on s'affûte et on ressort nos sons des bas fonds
on est vivant même les pieds dans la merde de la nation
le groove dans ton pays, j'y ai trop d'actions
donc fais tourner les euros, revoilà le patron (cade meu Dinheiro)
*Artiste prolifique (déjà 36 titres sur deux ans), magique ( ce volume sonne comme un classique) et précurseur (thèmes et sons proposés), Squat n'en finit pas de surprendre son auditoire après 20 ans de carrière
créer, voilà un travail qui déchire
je veux en faire mon métier et que mes dollars fassent réfléchir (près des notes)
Dans ce second volume, les pièces du puzzle prennent une forme et un sens précis, à moins que le volume 3 à venir ne vienne encore brouiller les pistes et/ou dessiner une architecture plus complète ou complexe.
moi je remonte jusqu'à l'égypte pour analyser le fasciste
on ne se perd pas dans leur histoire car leur histoire est hors piste (démocratie fasciste art 4)
*...je ne suis qu'un artiste de plus avec son monde
un autre qui se cherche et se trouve parfois
quand j'arrive à trouver l'équilibre dans mon monde
ça peut vite devenir magique parfois...(Monsieur Cassel)
Génie ? sorcier ? sourcier ? Monsieur Mathias Cassel alias Rockin Squat est un être insaisissable, doté d'une personnalité aux contours multiples, assailli parfois par le doute, mais dont on ne peut douter de la clairvoyance quand il met en oeuvre et s'empare de la formule secrète.
resister à la domination du Maître est la mission de teuskwa
vous les endormirez tous, mais vous ne m'endormirez pas
car je suis la lutte, l'espoir, je suis l'enfant Ba Mana ! (Ba Mana)
depuis des années mon flow au-dessus de la mélée
mes disques classiques pour l'éternité
mon back catalogue coté comme celui de marley (cade meu Dinheiro)
Au final, en ces temps troublés, l'éclaircie vient comme toujours de celui exploite et défriche ses propres racines et qui, plutôt que de faire de l'ombre à autrui, l'encourage sans cesse à marcher sur son propre chemin, car la vie est magique lorsque sa perception ne repose sur aucun filtre réducteur ou par trop rationaliste...
IAM sur « concept », NTM sur « authentik » ont motivé les troupes comme Fela et son afro beat...
... le monde d'aujourd'hui c'est la portée de notre son
avertir nos nations, changer la donne pour de bon
Je suis le monde d'aujourd'hui, ils sont le monde de demain,
la puissance est dans nos mains donc on fait gaffe aux refrains (le monde, aujourd'hui)

CHAQUE EXISTENCE N'EST QUE REVE
UN REVE SUBTIL ...DE PLUS EN PLUS SUBTIL...
UN SEUL EVEIL : LUI
(Dialogues avec l'Ange)
21:15 Publié dans Actualité culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rockin squat, confessions d'un enfant du siècle volume 2, brésil, sorcier, musicalité, magie
09.10.2008
Rockin' Squat prend de l'altitude
Le rap français fait sa rentrée. Au programme : violence, trafic de drogues et représailles…poncifs me direz-vous ? et vous n’aurez pas tout à fait tort, avec quand même un petit bémol cette année : c’est à qui fera le clip le plus gore, comme si montrer l’horreur incitait à ne pas la commettre, même s’il s’agit ici de fictions.
Seule lueur d’espoir en cette rentrée; comme toujours serais-je tenté de dire, parmi la diversité des MC’s français, et avant la sortie du nouvel album de Booba : le nouvel album solo de Rockin’Squat : confessions d’un enfant du siècle.

Rockin’Squat, leader du groupe mythique Assassin, qui fut l’un des groupes pionniers du rap français, il y a 20 ans, avec IAM, Solaar et NTM, sort son premier album sous son nom d’artiste.
Ce n’est que le premier volume d’un projet qui a pris forme entre Paris, New York, Rio et Sao polo ces cinq dernières années.
Dans ce premier opus, Rockin’Squat réaffirme les origines et valeurs du Hip Hop : issu et s’inspirant d’une mixité de cultures, allant de la soul à l’éléctro, en passant par le blues, le funk, le rock, le dancehall ou encore les musiques tribales, le Hip Hop reste vivant lorsqu’il est servi par des beats qui claquent ou des grooves frais et entraînants .
A cela s’ajoute un message, qui s’adresse avant tout aux gens du peuple, les sans-voix à l’origine, et qui distille des enseignements philosophiques ou scientifiques s’inspirant de situations vécues, permettant de s’éduquer tout en se distrayant (edutainment).
Squat nous met également en garde, pour ceux qui n’auraient pas les sens affûtés, contre tout ce qui n’est pas « real Hip Hop », soit les titres pop ou les fausses attitudes de gangsters.
C’est île de France undercover sous une capuche flamboyante
Conscience lumineuse des sous sols dangereuse comme l’amiante…
Squat a longtemps été incompris dans le milieu du rap français du fait qu’il a toujours proposé de la nouveauté, amenant son public à ne pas rester figé mais à avancer en cultivant son ouverture d’esprit.
Dans ce premier album solo, il propose des thèmes plus intimistes ou introspectifs (« aimer sans posséder », « enfant de la balle »), nous parle de la philosophie et du chemin qu’il a choisi (« une façon de vivre », « éternel apprenti »), en bref s’adresse à l’être qui gît derrière la carapace de chacun.
Il s’essaie également au chant avec talent (« can I do my thang », « clubbish ») et rappelle qu’il est avant tout le relais de l’information, celle qui est censurée et non officielle (« France à fric », « démocratie fasciste art 3 », « free them all »).
Fervent défenseur de la culture et du métissage, Squat donne la touche de couleur du Cd dès la première chanson :l’esprit des favelas reviendra comme un leitmotiv tout au long des 17 titres (« o mundo e para vocé », « ladrao sem causa », « progress », « te amo…eu quero vocé », « chance ballet »).
Enfin l’esprit du Hip Hop originel plane également sur les autres titres (« key of life », « instoppable » ou encore « vie privée ») qui nous rappellent que les MC’s sont avant tout, dans le sens étymologique du terme, des guerriers spirituels, des survivants qui proposent une autre alternative face à la morosité, l’uniformisation ou la désinformation, tout en gardant en eux et prêt d’eux la formule secrète dont l’amour, l’humour et la tolérance sont les principaux ingrédients.
C’est le hip Hop avec un cœur gros comme ça
Prêt à donner tout ce qu’il a, nique les putains de hits, mon gars
Et écoute le son d’en bas, c’est pour lui qu’on est là
C’est celui-là qui survivra, c’est aussi simple que ça…
Quand est-il de ses confessions, soit la déclaration publique que l’on fait de sa foi ?
Mathias révèle au grand jour son histoire familiale derrière son nom d’artiste, s'affichant désormais à visage découvert.
L’enfant seul, c’est aussi moi, c’est pour ça que le Hip Hop existe, il parle pour moi,
Il parle pour nous, pour ceux qui savent que nos cœurs ont le même battement sous nos peaux d’esclaves…
Il évoque sous plusieurs thématiques, la stratégie qu’il a mise en place pour rester vivant, aimant, confiant, face aux intempéries de la vie.
Il rappelle en premier lieu l’importance de la musique et de la culture et cite les artistes et courants musicaux qui ont compté pour lui. L’artiste accompli est celui qui a su ingérer, digérer et recracher des sources d’influences multiples tout en créant son propre style, au contact de l’entité consciente en soi. Squat, en ce sens, est à la musique en général et au mouvement Hip Hop français en particulier un meneur, qui va plus loin encore dans l’ouverture et la vision réfléchie qu’un Kery James, un Solaar dans « mach 6 » ou un collectif comme IAM.
Faut pas caner la culture qui est là
Faut préserver les richesses tant qu’on les a …
La musicologie n’a pas de logique
Que des racines d’où naissent ses rythmiques...
Véritable artiste, donc alchimiste du verbe et du son, Squat donne des pistes de réflexion pour trouver en soi la formule secrète,
...Reviens aux racines, deviens la racine
ma potion assassine ne kique que des vers de platine…
je mets dans ma coupe ce qu’il faut pour rester fresh...
A l’aune de son vécu, il affirme que la solitude n’est pas une fatalité mais aussi une chance d’apprendre, de s’instruire et de comprendre.
…l’éternel apprenti est celui qui apprend
de chaque seconde, action, instant
jamais pressé, il cherche avant de répondre
le monde qui l’entoure est un grand mystère qu’il sonde et fume le funk…
Textes à l’appui, il est l’exemple qui a su rester vivant, se renouveler, se ressourcer au fil de toutes ces années ; déstabilisant son auditoire en lui proposant toujours un son neuf, des thématiques inédites dans le milieu du rap, arrivant toujours là où on ne l’attend pas. En ce sens, même s’il n’est qu’un éternel apprenti, avec un peu de fausse modestie (suis-je un exemple ? peut-être. En tout cas un héros pour moi-même…je suis le meilleur…) - et d’ailleurs qui ne l’est pas dans le rap game où règnent insidieusement l’ego trip et la bataille pour le titre ? – il semble s’adresser avant tout au cerveau droit de ses auditeurs, soit le cerveau créatif, imaginatif, mais aussi la part mystique ignorée de beaucoup, et rejoint par là le subtil équilibre de ses maîtres, la touche magique, le son et le ton juste.
...n’oublie pas que le hip à l’équilibre du Hop
donc le be est le Hip et le bop est le Hop
hip Hop non stop be bop face à glock et pop
j’ai le rap&roll, donc je roll&rock…
la « spiritualité » que prône et diffuse Squat, sans en faire l’apologie, est assez proche de la vision animiste des sorciers amérindiens. En filigrane de son œuvre, on peut sentir l’influence qu’ont exercés les écrits de Carlos Castaneda et le premier clip venant illustrer l’album nous montre qu’il est passé maître dans l’art de rêver.
…ils ont tout fait pour qu’on y voie rien
qu’on soit divisé, qu’on y comprenne rien
mais il y a des clefs, il y a des chemins
j’en ai trouvé, d’autres sont très loin !…
une façon de vivre, une façon d’aimer, il y en a des milliers
mais celles qui sont claires, ont la même unité
la même humilité, la même stabilité, même efficacité
donc on les regarde et elles nous parlent
et elles nous conseillent, deviennent nos gardiennes
nous éloignent de la haine et nous rééquilibrent
Cette voie pratique lui a permis d’entrevoir le tronc commun à toute religion, tradition ou philosophie de vie. l’allusion à des termes clés comme « l’être », « l’âme », la « lumière », le « squelette » ou encore les « racines » en est l’illustration, même s’il reste lucide quant à la vigilance qu’il faut garder sur la voie (un esprit libre est un miroir et on préfère le voir à genoux – 500 ans). Tout est un éternel recommencement et tout devient pratique sur le chemin, malgré l’emprise croissante de la « machine ».
…Et trouver la paix relève de l’exploit
Quand même atteint, on doit le renouveler à chaque fois…
…Notre rage, notre hargne et notre lutte c’est contre la machine
Notre peine c’est la machine qui assassine et qui décime…
Néanmoins, il vient ici réaffirmer son combat de toujours, par le biais de la musique Hip Hop, qui est un mode de vie à part entière :
ma carrière être libre et montrer qu’on peut l’être
leur barrière, en survivre, et libérer son être…
Le MC est un survivant des temps modernes , des noires cavernes et des couloirs ternes
Sa poésie nous instruit, son flow nous sort de la routine et anime nos parties…
Bien lui en a pris, car il a trouvé là à la fois un moyen de s’exprimer, d’exister et de se réaliser, mais aussi de croître non en puissance mais en énergie et joie de vivre (ce qui est perceptible notamment sur les duos avec Agallah et KRS one), en cultivant les graines de l’Amour plutôt que celles de la haine.
…on ne sait plus vivre donc on ne sait plus aimer
beaucoup d’histoires d’amour n’ont rien de l’amour en fait
vos exemples ne sont pas les miens, vos expériences non plus
mon amour est éternel et l’ange n’est jamais déchu…
Ce que nous apporte Rockin c’est aussi et avant tout une prise de conscience et un recul sur notre quotidien, comme le montre la pochette de l’album. Lui qui a la chance de voyager de part le monde, même s’il tient à rappeler son identité de parisien (je sais la chance que j’ai d’être sur le sol français, d’où Hugo et Boris Vian ont été exilés et grâce à ça j’existe, et grâce à ça je résiste et mon flow insiste, et mon œuvre persiste), il a su prendre de la hauteur sur les événements et les gens (…car tu ne bouges plus, tu es figé comme l’Europe. Tu ne vis plus, où as tu mis ta soul salope ?…), et ne voir en eux que l’aspect sain, magique et lumineux.
…T’inquiète j’ai la vue claire et des textes pour la rue…
…ça fait des années qu’on essaie autre chose
contre la misère qu’on ose autre chose…
la vie est une lutte magnifique
tu sais qu’ils sont tous avec leur contraire, leur échec et leur sphère
qui les maintiennent tous dans leur enfer
cherche plus loin et trouve la clef…
…au jardin des artistes, l’humanité est un paradis
quand on prend le temps de regarder la création d’autrui
surtout quand c’est l’équilibre dans e chaos qui s’exprime
la force des mondes qui enseigne dans l’abîme…
Conscient de l’ombre, il préfère cependant porter son regard sur l’éclaircie mais reste lucide quant à la tournure que peuvent prendre les événements à terme.
…Et quand les stars du Hip Hop se retrouveront à St trop
C’est la mélodie des briques, c’est la tragédie des blocks…
au total, on pourra regretter la prestation du jeune rappeur Medine, dont la présence sur ce premier volume est certes un symbole fort, mais avec un flow un ton en dessous de celui de Squat, sur un morceau moins percutant et explosif que ne l’était « illuminazi 666 », paru dans le Ep « too hot 4 tv » quelques mois plus tôt. Autre déception, le morceau « te amo… » qui sonne un peu mièvre et mou, avant la perle qu’est « aimer sans posséder » Même thème mais intensité et force de frappe différente.
Six des 17 titres sont vraiment au-dessus du lot : « Key of life », avec le rappeur KRS one, groovy à souhait, « Laudra sem causa » que l’on sent rythmiquement très travaillé, comme « aimer sans posséder » ; « une façon de vivre » et « éternel apprenti » qui ouvrent des perspectives lumineuses qui seront peut-être développées dans le second volume, et « can I do my thang » avec un son cristallin qui vibre et fait corps avec la voix de Squat : l’authenticité n’a jamais été autant au rendez-vous !
Ces titres ont en commun d’être moins intemporels que les autres et représentent des morceaux synthétiques, plus universels, qui résument assez bien l’univers et les thèmes abordés par Squat tout au long de sa carrière.
Cela n’enlève en rien à la richesse de l’album, tant sur le plan des productions que des textes et même si chaque chanson nous emmène dans un voyage différent, ce premier volume constitue un tout, une œuvre majeure venant ponctuer la carrière du véritable artiste qu’est Rockin Squat. A l’aune des premiers chiffres de vente, il semble d’ailleurs que l’accueil soit plus que favorable au travail du poète mystique du rap français.
Restent des questions en suspens comme autant de paradoxes soulevés à l’écoute de ces confessions :
Comment concilier l’egotrip et la quête de lumière ? Comment parvenir à être libre tout en continuant à s’identifier à une ville, un MC, un guerrier ? Comment concilier sa foi dans l’homme et ses limites avec l’infini de la conscience cosmique ? Enfin quid du rapport à Dieu, centre de toute confession digne de ce nom ?
Des esquisses de réponses seront peut-être à venir dans le volume II…

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23.09.2008
we, the people
Quelque chose se passe : une jeunesse s’organise
Blacks, Blancs, Beurs, autodidactes de l’éducation
Un peuple se lève, armé d’un « savoir-fier ».
même si la censure est présente, l'information circule
les éveillés des temps passé ne sont pas morts en vain
et les pionniers du Nouveau Monde portent enfin des fruits.
Des gens d’en bas affrontent à bras nus les gens d’en haut,
Tels David s’en prenant au front de Goliath.
En quête de liberté, ils réclament le prix du sang
Aveuglement et servitude tombent en désuétude
Un rythme de vie, une volonté de rester digne, de l’énergie à revendre…
Une révolte sourde et juste gronde, elle vient de l’underground
19:30 Publié dans Actualité culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : auto-éducation, fruits, prix du sang, rythme, énergie, colère juste, underground
09.05.2008
We bring Justice
Ce projet de compilation « sous les pavés la rage » est parti d’une idée simple : réunir en une quarantaine de titres ce qu la scène du rap hexagonal a produit de plus dangereusement prémonitoire sur l’évolution de la situation sociale en France.
Texte d’Ekoué (la Rumeur) issu de la compilation "sous les pavés la rage"
Les hauts-parleurs de la banlieue n’ont toujours pas été entendus et reconnus des divers dirigeants en place.
Le constat alarmant, crié depuis plus de vingt ans est resté lettre morte mais a néanmoins suscité des rejetons.
Agiter le spectre d’une génération qui suscite l'effroi chez certains ne peut donc laisser indifférent,
D’autant plus quand elle est mise en scène dans son potentiel de nuisance et larcins en tout genre,
Clichés, parfois vrais, qui se sont accumulés au fil des ans et dont la représentation est devenue presque acquise.
Faut-il croire que la haine destructrice soit l’ultime fléau de Dieu ? Un châtiment apporté par une génération stigmatisée ?
Au dehors, l’épée, et au-dedans la terreur, détruiront le jeune homme et la vierge, l’enfant qui tette et l’homme aux cheveux blancs."
Deut 32,24
La justice implique t-elle de régurgiter la violence et la frustration compilée en rendant coup pour coup ?
Le monde doit-il finir dans un chaos orchestré par les élites ou contrecarré par un peuple insoumis faisant fi des lois ?
L’équité ne serait-elle pas de laisser les deux belligérants en découdre, en mettant le monde à feu et à sang ?
Il est dit dans le Coran qu’à chaque fois que les hommes allument un feu, Dieu l’éteint dans Sa miséricorde...
Reste à savoir combien le monde compte d’hommes libres ou en passe de l’être, la conscience affûtée comme l’éclair.
Combien sont-ils à aimer toute la création, dans sa perfection et ses imperfections, la terre et ses nouveaux-nés ?
Autrement dit, le peuple de Dieu, ses élus, sont-ils prêts à assumer librement le sacrifice qui leur est demandé,
Et à faire fi, au moment voulu, de l’espace et du temps pour montrer et donner, à tous, des instants d’éternité ?
16:14 Publié dans Actualité culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rap, banlieue, rejetons, clichés, haine, châtiment de dieu, homme libre
23.04.2008
Jeff Buckley : un ange est passé
Got my red glitter coffin, man, just need one last nail
While all these ugly gentlemen play out their foolish games
there's a flaming red horizon that screams our names
And as your fantasies are broken in two
Did you really think this bloody road
would pave the way for you?
You better turn around
and blow your kiss hello to life eternal, angel
Racist everyman, what have you done?
Man, you've made a killer of your unborn son...
Crown my fear your king at the point of a gun
All I want to do is love everyone...
And as your fantasies are broken in two
did you really think this bloody road
would pave the way for you?
You better turn around
and blow your kiss hello to life eternal
Oh...
There's no time for hatred, only questions
Where is love, where is happiness, what is Life,
where is peace?
When will I find the strength to bring me release?
And tell me where is the love in what your prophet has said?
Man, It sounds to me just like a prison for the walking dead
And I've got a message for you and your twisted hell
You better turn around and blow your kiss goodbye
to life eternal angel...
Angel...
Jeff Buckley : Eternal life

Il écumait les salles et les lieux qui voulaient bien de lui, de son album écrit
Il chantait la vie éternelle sur des mélodies inspirées des harmoniques du ciel
Sa voix comme sa vie étaient belles et le souffle qui l’habitait était intemporel
Il venait de nulle part, il est reparti en douceur, laissant une plaie vive dans le cœur
Un seul album à son compteur, des instantanés de grâce, des moments de bonheur
L’attachement à ce monde est futile. Il faut frapper un grand coup pour que l’acte soit utile
C’est la leçon qui reste dans le cœur des gentils : la tâche est accomplie quand elle se fait don indélébile
Il est des étoiles qui brillent là-haut et qui, une fois sur terre brûlent de trop
C’était un ange qui louait le très haut et qui, comme les siens, est parti trop tôt
23:41 Publié dans Actualité culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jeff buckley, grâce, vie éternelle, louange, ange
10.04.2008
Kery James ou l'équilibre retrouvé
Tu veux du rap sans opinions, sans prise de position
Voilà le son de la révolution : conscient, violent mais puissant
Fais pas le gangster, y suffit pas d’être vulgaire
On fait du vrai peura…
Kery James est venu ranimer les cendres du rap français (Je suis venu récupérer le trône ; dites-leur que le fauve est de retour dans la faune), renvoyant dos à dos ceux qui, depuis quelques années déjà, font du rap d’adolescents, encouragés en cela par des maisons de disques aux intentions quelques peu douteuses.
Avec Kilomaître à la production, on sent, à l’écoute de cet album, qu’il a travaillé d’arrache pied sur ce projet pour arriver à réunir ses deux publics : les puristes du rap des premières heures qui avaient aimé « le combat continue » d’ Idéal J, et ceux plus intéressés par sa conversion à l’Islam qui remonte à cinq ans et son discours de repenti. Ainsi, on ne trouvera qu’une seule référence à l’Islam dans les 17 chansons, qu’il met à l’abri d’hypothétiques comportements violents (et si je deviens violent, l'Islam n'y ai pour rien, ce n'est d^qu'à mes faiblesses).
Présent depuis plus de 15 ans en tant que MC, Kery n’a jusqu’à maintenant, auprès des publics, qu’un succès d’estime, qu’il compte bien transformer en reconnaissance publique. Des titres comme « banlieusards », « l’impasse », « X&Y » ou « à l’ombre du show business » avec charles Aznavour montrent le regard lucide qu’il porte sur les jeunes de banlieues : il dénonce l’impasse des activités illicites (l’illicite n’est qu’un mirage dans le désert du Ghetto) tant en prônant l’élévation et la valorisation par l’étude et la volonté de réussir là où les anciens (les parents) n’ont pu percer.
Tout en montrant qu’il reste dans le « game » (c’est le retour du King, comme Ali face à Foreman) pour la place de meilleur MC français (« egotrip », « le combat continue part 3»), Kery James se fait l’un des haut-parleurs de la banlieue ( La banlieue a une voix, je ne suis qu’un de ses hauts-parleurs) et vient rappeler l’ingratitude et l’absence de reconnaissance dont font mine les médias, devant la place qu’a prise le rap au sein de toute une jeunesse de France.
Ce qu’il faudra retenir de l’homme ? Générosité (pas moins de 17 titres à un prix modique), ouverture d’esprit (l’album prend des teintes dancehall, soul, R&B, avec des collaborations de Grand corps malade, Kayna Samet, Chauncey, Black Vner, Dry, Vitaa ou encore J.M Cissoko et Charles Aznavour), effort vers l’objectivité et lucidité (Il ne dénonce ni ne moralise mais énonce les faits avec authenticité), performance artistique (Je rappe hardcore, cru, sans être vulgaire / ça fait 16 ans que je déchire sur le microphone / le constat c’est que Kery James ne rappe comme personne) ainsi qu’un certain sens de l’harmonie. L’album sonne un peu comme un classique du rap français, reste à savoir si la reconnaissance publique suivra.
Quoi qu’il en soit, c’est une joie pour tout amateur de rap de le retrouver réconcilié avec son coté social plus qu'engagé. Cela montre qu’il n’oublie pas d’où il vient, même s’il lui est arrivé de renier certains actes passés, et donne une touche somme toute plus humaine : celle d’un homme pris dans l ‘étau de ses contradictions et paradoxes (t’imagines pas comme je suis torturé, tiraillé entre deux moi, d’émotions saturé / dans un monde où même l’amour se fait facturer, j’ai du plâtrer ma confiance, j’ai le cœur fracturé...). Cet album n’est qu’un instantané d’un homme au parcours atypique dans le rap français et tout jugement ne peu se faire qu’à l’aune d’un parcours parsemé de doutes, d’embûches, d’échecs ou de réussites ( et même si l’espoir se fane, je continuerai à chanter mes joies, mes larmes, ma vie, ma peau, parce qu’on vient du ghetto…).
Kery James est de retour avec cet album (à l’ombre du Show Business) qui place la barre très haut artistiquement parlant. Mais 2008 est une année charnière qui voit le retour au premier plan des MC’s de la première heure. Avant les très attendus albums de la Scred Connexion, de Médine (Arabian Panther) et de Rockin Squat (confessions d’un enfant du siècle), les paris restent ouverts à qui remportera la place d’estime revenant au meilleur MC’s français...A suivre, donc.
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31.03.2008
Cinquième soleil
Au-delà des classes sociales, le vécu singulier rassemble autour d'une vision commune.
Ceux qui ont été humiliés dans leur coeur, les coutumiers de la souffrance,
Tous se retrouvent avec un Amour qui n'a pas encore de Nom, diffus...,
et ce même besoin ou envie de donner, pour la postérité, afin de faire la nique aux murailles.
La Parole n'a pas d'âge. Quand elle s'exprime et touche, elle provient d'une Ame.
Pour ceux qui savent l'écouter, sans mettre de mots, elle force le respect.
Ici même ne comptent ni le bagage, ni le langage, ni ce qui a été bâti.
La force de l'âge n'est qu'un critère humain pour définir celui qui est sage.
A l'ombre du Show-business se dressent d'authentiques éveillés sans aucun maître,
et c'est le monde qui reste sans voix face à tant d'imprévu :
ces nouveaux venus qui déroutent des plans depuis longtemps établis.
15:29 Publié dans Actualité culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vécu, vision, humiliation, souffrance, amour, donner, âme
22.11.2007
Saint Judas, le retour
Il ne sera point question ici de présenter l’aspect ténébreux de l’apôtre. Les qualificatifs négatifs dont il a été affublé à travers les siècles (félon, traître, assassin…) sont légion et la balance qui pèse son âme, malheureusement, ne penche, en tout cas sur terre, que d’un côté, le mauvais, faute de circonstances atténuantes.
Il ne sera pas question non plus de réhabiliter le Saint homme car, étonnamment, une force contradictoire et révisionnelle est à l’œuvre, depuis quelques décénies, représentant Judas sous un nouveau jour, sous un nouvel angle. Il est à noter que Marie-Madeleine jouit, elle aussi, d’une métamorphose de son image dans la conscience collective.
Je relaterais donc, pour le lecteur désireux de se faire sa propre opinion, quelques pistes de réflexion.
Il aura fallu attendre Quelque 2000 ans pour que le procès sans appel du « treizième » apôtre de Jésus soit de nouveau ouvert.C’est Gurdjieff (mort en 1950) qui le premier donna un point de vue intéressant (car différent) sur Judas. Dans son roman fleuve (Belzébuth), à la fin du chapitre sur la religion (p.711), il évoque le rôle salvateur de l’apôtre : Le Christ sait que son arrestation est imminente, qu’il est destiné à mourir sur la croix, mais n’a pas « eu le temps d’expliquer à ses disciples certaines vérités cosmiques, ni de leur donner les instructions nécessaires pour l’avenir ». Judas se dévoue pour faire diversion et laisser à Jésus le temps nécessaire pour l’accomplissement d’un « mystère sacré » (proche de l’eucharistie actuelle) bien connu des grands initiés, afin de pouvoir rester en contact pendant quelque temps après sa mort avec les disciples (on parlerait aujourd’hui de communication astrale).
Pour Gurdjieff, la représentation de Judas comme traître dans les saintes écritures serait dû à la volonté d’un apôtre de minimiser l’importance de J.C ; en le représentant comme « naïf, imparfait et incapable de pressentir, malgré toutes ces années vécues auprès de Judas, sa future perfidie ».
Et Gurdjieff de rétablir le premier (à ma connaissance) l’importance de Judas : « non seulement le plus fidèle, le plus dévoué et le plus proche de J.C ; mais aussi celui qui, par son intelligence, son ingéniosité et sa présence d’esprit, permirent à Jésus d’accomplir tous les actes dont le résultat alimenta et inspira, pendant de nombreux siècles, le psychisme de la plupart des être humains, et rendit leur existence à peu prêt supportable ».
Où Gurdjieff avait-il puisé ces informations ? Avait-il en sa possession l’évangile de Judas redécouvert par le plus grand des hasards quelque 40 ans après sa mort ?
C’est cette question que se posa également émile Gillabert, un chercheur gnostique lui aussi décédé il y a peu, et à qui l’on doit notamment une transcription lumineuse de l’ « évangile de Thomas ». L’hypothèse qu’il défend est que Didyme jude Thomas, littéralement le « jumeau », n’était autre que Judas lui-même, ce qui l’amenera à écrire un livre entier sur l’identité véritable de ce dernier et le contenu ésotérique de son évangile, qui dénote un caractère hautement initiatique (comme le sera l’évangile de Marie-madeleine).
Puis survint en 2006, à grand renfort d’actions marketing, la sortie de l’ « évangile de Judas ». Ce document n’est pas inédit puisque Saint Irénée, au IIème siècle après J.C, en fait mention dans son livre « contre les hérésies ». Simplement, il est à noter que cet évangile, même s’il est incomplet, failli ne jamais (re)voir le jour, et que sa sortie fut le fruit d’une lutte acharnée de quelques irréductibles pour l’exposer à la vue de tous.
Nous ne discuterons pas ici de son contenu à forte teneur gnostique. L’intérêt, une nouvelle fois, vient de ce qu’il présente la tâche de Judas comme utile et salvatrice : « Jésus dit à Judas : " Tu surpasseras tous les autres, car tu sacrifieras l'homme qui me sert de vêtement ».
Dans un passage significatif du recueil, Judas est le seul, à une question posée au préalable par Jésus à ses disciples (« que celui qui est parfait s’avance vers moi »), à s’avancer vers le Maître, sans toutefois oser le regarder dans les yeux. Il montre, par sa réponse et cet acte, qu’il connaît la nature véritable de Jésus, là où les autres s’interrogent encore, et qu’il est l’initié par excellence car sa (re-) connaissance montre qu’il s’abreuve à la même source que son Maître.
Plus loin, dans un entretien en aparté avec Jésus, ce dernier lui révèle sa destinée future, en lui prédisant de nombreux malheurs et souffrances. Mais au final, il sera élevé pour prix de sa tâche assumée. (Judas demande pour quelle raison, c'est à lui seul que Jésus a parlé. Ce dernier répond qu'il sera le treizième disciple, qu'il sera maudit à travers les générations et qu'il viendra régner sur elles. «Dans les derniers temps, ajoute-t-il, ils maudiront ton ascension vers la génération sainte».)
Cet évangile vient rappeler que Judas est voué à une mission d’ordre cosmique allant à l’encontre des jugements définitifs et préétablis de longue date.
Il présente, en outre, les onze autres disciples comme des être immatures, proche parfois de l’infantilisme et en tout cas complètement débordés et presque innocents face à l’importance de l’événement dramatique qui se trame sous leurs yeux. On retrouve par ailleurs ces deux points de vue dans le roman de Jean Ferniot, paru en 1986.
Dans le foulée, et surfant sur la vague de l’actualité, deux auteurs ont également apportés leur vision du personnage incriminé.
Gerald Messadié, romancier, a résolument décidé de prendre parti pour Judas dans son dernier livre. Il relate les derniers jours de la vie de Jésus, sa passion, en insistant sur la connivence de longue date existant entre les deux hommes. Il les représente comme deux amis participant à des cérémonies proches de rituels chamaniques, et partageant leur expérience d’un champignon hallucinogène, leur permettant de communier avec les esprits, et notamment l’esprit de Dieu.
La crucifixion est alors décrite comme une transe extatique et mystique vécue par Jésus (à qui l’on a pris soin de donner le fameux breuvage avant son élévation sur la croix), à laquelle Judas, de loin, communie en esprit. Le roman relate donc, entre autre, l’expérience d’une fusion d’un humain avec la divinité, au prix de la transcendance de nombreuses souffrances.
Jean-Yves Leloup, prêtre orthodoxe à qui l’on doit, en autre, des traductions savantes des évangiles de Jean, Marie-Madeleine, Thomas et Philippe, reste lui ferme sur sa position concernant Judas. Le nouvel évangile découvert ne change en rien son point de vue : Judas est un archétype, comme le sont chaque personnage du nouveau testament. Il représente la figure du disciple déçu et trahi en premier lieu par son Maître, en qui il projetait l’espoir d’une révolution terrestre, l’établissement du royaume de Dieu dans ce monde.
Sa trahison est donc un acte de désespoir mais aussi d’amour non reconnu, qui a aussi sa place dans l’histoire de l’humanité. En tant qu’archétype, Judas est un aspect ombrageux de la personne, non reconnue, non aimée ; sans doute celle qui mérite le plus d’attention et de re-connaissance.
Pourtant, comme le rappelle Jacques Duquesne dans son dernier roman, Il semble que la stupeur et l’incompréhension eût été de mise chez tous les apôtres sans exception, dès le lendemain de la crucifixion.
Il les représente comme s’interrogeant sur l’identité véritable du Christ en se remémorant ses paroles de feu. Bien plus, ils scrutent les écritures en vain, car nulle part il n’est fait mention d’un messie crucifié pour le rachat des péchés du monde. Tous sont donc dans l’expectative et le doute concernant la nature de Jésus, à l’exception de la croyance en sa résurrection, et le fruit de leurs premières réflexions constituera le point de départ du Christianisme et le début de la théologie.
Voilà les faits, les thèses avancées ici et là, en ce qui concerne le mystère Judas. J’ai à ce sujet également une hypothèse dont CHATMAN est la clé. Il Lui appartient désormais de vous la divulguer ou pas.
Pour information, j’ai publié, sous le pseudonyme de Jean-Plume, une courte note intitulée « le souffle de la Bête », avant la sortie officielle du fameux évangile. Elle me fut inspirée par une courte phrase :
Jésus dit à Judas : " Tu surpassera tous les autres, car tu sacrifieras l'homme qui me sert de vêtement "
Voici la note :
Qu’est-ce à dire ?
une parole à-venir pour le temps du retour
une mise à nu, un dévoilement, un découvrement
le travail d’une vie, d’une non-vie
le choix d’une non-existence
une plongée dans l’abîme, le néant
le pas de la foi, la traversée de la folie, la mort dans la vie
Quelques mois plus tard, une autre note plus explicative venait clarifier ou plutôt donner une direction sur ces propos quelque peu inspirés :
Le Maitre Intérieur
Jésus ne jugeait pas selon la loi des hommes : Son jugement était vrai parce qu'Il ne faisait qu'énoncer la parole de Dieu. De nos jours, cette voie de l'effacement ultime de la personne ne séduit plus personne
L’opinion fait foi et l’on imagine mal se mettre au service de lois qui nous dépassent
L’ego est roi et l’on cultive partout l’expansion de son domaine, jusqu’à autrui.
Combien se targuent d’être vivants tout en méconnaissant le mort qui sommeille en eux...
Une fois celui-ci reconnu, combien lui font réellement honneur en le reconnaissant seul Vivant...
Une fois cette vérité mise à nu, combien comprennent que leur moi n’est qu’illusion, création de main d’hommes...
En vérité, rien ne subsistera que ce qui sera passé de ténèbres en lumière.
P.S : Est-il utile de préciser que je crois à La résurrection des corps ?
Bibliographie :
Gurdjieff : récits de Bélzebuth à son petit fils
Emile Gillabert : Judas, traître ou initié
Evangile de Judas
Nouveau testament
G. Messadié : Judas le bien-aimé
Jean-Yves Leloup : Judas, un homme trahi
P.E. Dauzat : Judas, de l’évangile à l’holocauste
Jacques Duquesne : Judas, le deuxième jour
Jean Ferniot : Saint Judas
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